La Molène, les cierges de Fées et le verbascoside

La Molène, les cierges de Fées et le verbascoside

La Molène (Verbascum thapsus)

Impossible de ne pas la remarquer lorsqu’elle dresse sa gigantesque hampe florale au milieu d’un champ. Pouvant dépasser deux mètres de hauteur, elle semble illuminer les fossés et les terrains abandonnés de ses centaines de fleurs jaunes.

Pourtant, derrière cette silhouette majestueuse se cache une plante que l’on réduit trop souvent à une simple « plante pour la toux », mais la réalité est beaucoup plus fascinante.

Une plante qui prend son temps

La Molène est une plante bisannuelle.

Durant toute sa première année, elle forme une grande rosette de feuilles épaisses, douces et veloutées qui épousent le sol. Pendant ce temps, elle construit lentement une puissante racine pivotante dans laquelle elle accumule toute l’énergie nécessaire à sa future floraison, car ce n’est que l’année suivante qu’elle révèle toute sa grandeur.

Une immense hampe florale surgit alors vers le ciel, portant un long épi de fleurs jaunes qui s’ouvrent progressivement de la base jusqu’au sommet pendant plusieurs semaines. Mais après avoir produit des milliers de graines, la plante meurt.

Mais son histoire ne s’arrête pas là!

La Molène possède une stratégie de survie exceptionnelle.

Ses graines peuvent demeurer dormantes pendant plusieurs dizaines d’années, parfois près d’un siècle selon certaines études, attendant simplement qu’un sol soit perturbé pour germer que ce soit après un incendie, des travaux, un glissement de terrain ou tout simplement lorsqu’elle est prête!

La torche des anciens

Bien avant d’être reconnue comme plante médicinale, la Molène servait de torche.

Les Grecs et les Romains faisaient sécher sa haute hampe florale, puis la trempaient dans le suif ou la cire avant de l’allumer. C’est d’ailleurs de cette pratique que viennent plusieurs de ses noms populaires : cierge de Notre-Dame, cierge des sorcières, grande chandelle ou cierge de fées !

Dans certaines régions d’Europe, on suspendait même une tige de molène près des maisons ou des étables afin de repousser les mauvais esprits et protéger les habitants.

Une plante qui traverse les siècles

La Molène accompagne l’être humain depuis plus de deux mille ans. Le médecin grec Dioscoride, au Ier siècle, la recommandait déjà contre les affections pulmonaires. Plus tard, John Gerard la décrivait comme une plante précieuse pour les voies respiratoires, tandis que Nicholas Culpeper la considérait comme l’une des grandes plantes pectorales de son époque.

Au XIX siècle, un médecin irlandais rapportait même que des infusions de feuilles préparées dans du lait amélioraient la toux, la dyspnée et l’état général de certains patients atteints de tuberculose.

Tandis que les Premières Nations d’Amérique du Nord l’utilisaient également pour soulager la toux, l’asthme et diverses maladies pulmonaires.

Mais en réalité, elle agit sur l’ensemble du système respiratoire. Ses feuilles sont riches en mucilages, qui apaisent les muqueuses irritées, ainsi qu’en saponines, qui favorisent la fluidification des sécrétions bronchiques.

Cette combinaison est particulièrement intéressante : pendant que les mucilages calment l’irritation, les saponines facilitent l’expectoration. Les feuilles renferment également deux composés qui attirent aujourd’hui l’attention des chercheurs : le verbascoside et l’aucubine.

Le verbascoside : la molécule qui intrigue les chercheurs

Parmi tous les constituants de la Molène, le verbascoside, également appelé actéoside, est probablement celui qui suscite le plus d’intérêt.

Les recherches récentes lui attribuent des propriétés  tel que anti-inflammatoires, antioxydantes, neuroprotectrices, immunomodulatrices et antimicrobiennes.

Le verbascoside est actuellement étudié dans les maladies pulmonaires inflammatoires, mais aussi dans certaines maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. Des travaux suggèrent également qu’il pourrait limiter la formation de certains biofilms bactériens, une piste de recherche encore en développement. Ce qui est fascinant, c’est qu’il est présent autant dans les feuilles que dans les fleurs.

Feuilles ou fleurs?

Les deux parties possèdent leur propre personnalité.

Les feuilles sont particulièrement riches en mucilages, en saponines, en verbascoside et en aucubine. Elles sont les grandes alliées du système respiratoire. Leur seul défaut? Leurs nombreux petits poils, qui imposent un filtrage minutieux des infusions.

Les fleurs, quant à elles, renferment également du verbascoside, mais aussi davantage de flavonoïdes, de caroténoïdes et de composés aromatiques.

De plus, elles sont traditionnellement macérées dans l’huile d’olive afin de soulager les otites. Les composés lipophiles des fleurs migrent plus facilement dans l’huile que les mucilages des feuilles, et leur faible pilosité facilite énormément la préparation.

Et la racine?

Voilà sans doute la partie la plus mystérieuse de la plante.

Si les feuilles et les fleurs sont bien connues, la racine est presque tombée dans l’oubli. Pourtant, Dioscoride la mentionnait déjà dans l’Antiquité.

Aujourd’hui, plusieurs herboristes nord-américains, dont Matthew Wood et Jim McDonald, la redécouvrent. Ils lui attribuent une affinité particulière pour la colonne vertébrale, les ligaments, les douleurs lombaires et certaines sciatiques.

Teinture ou infusion?

L’infusion met surtout en valeur les mucilages et les saponines, ce qui en fait une excellente alliée des voies respiratoires.

La teinture hydroalcoolique extrait efficacement le verbascoside, l’aucubine, les flavonoïdes et plusieurs autres composés anti-inflammatoires. Contrairement à ce que l’on entend parfois, rien ne permet actuellement d’affirmer qu’un glycéré soit supérieur à une teinture. 

La Molène, est une plante qui n’a pas fini de nous surprendre, car plus je l’étudie, plus j’ai l’impression d’observer plusieurs plantes en une seule!

Les feuilles protègent les poumons, les fleurs prennent soin des oreilles et la racine intrigue les herboristes par son action sur la colonne vertébrale… Et derrière tout cela se cache une molécule, le verbascoside, qui continue de dévoiler de nouvelles propriétés au fil des recherches.

Après plus de deux mille ans d’utilisation, la Molène n’a visiblement pas encore révélé tous ses secrets.

 © 2026 Mélanie Lavoie — La Prêle du Temps. Toute reproduction doit mentionner la source et obtenir l'autorisation de l'auteure.

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