Millepertuis (Hypericum perforatum) Herbe aux mille trous – St. John's Wort

Millepertuis (Hypericum perforatum) Herbe aux mille trous – St. John's Wort

1. Folklore et traditions

Plante solaire par excellence dans les traditions celtiques et germaniques, le Millepertuis faisait partie des « Simples », ces plantes médicinales cultivées dans les jardins des monastères au Moyen Âge. Depuis l'époque gallo-romaine, il est également connu sous le nom de « Chasse-Diable », en raison de la croyance selon laquelle il éloignait les mauvais esprits et protégeait les habitations.

Sa floraison, qui coïncide avec le solstice d'été et la fête de la Saint-Jean, renforçait son caractère sacré. Selon la tradition, le Millepertuis devait être cueilli le 24 juin, à midi, au moment où le soleil atteint son apogée, lorsque la plante était réputée posséder toute sa puissance.

Des bouquets étaient ensuite suspendus aux portes des maisons, aux fenêtres ou dans les étables afin d'assurer la protection du foyer, de la famille et des animaux, tout en favorisant la prospérité et l'abondance des récoltes. Dans les pays celtiques, on lui attribuait le pouvoir d'apporter paix, santé et fertilité à toute la maisonnée.

Le bouquet demeurait en place toute l'année avant d'être brûlé lors de la Saint-Jean suivante, puis remplacé par un nouveau. Ce geste symbolisait le renouvellement du cycle de protection pour l'année à venir.

Il était également courant de porter quelques brins de cette plante sur soi durant la nuit de la Saint-Jean ou de les faire passer au-dessus des flammes du feu de joie. Devenue amulette protectrice, elle était censée éloigner les influences néfastes et attirer la chance jusqu'au solstice suivant.

2. Les principaux constituants actifs

Le Millepertuis est une plante fascinante, car son activité repose principalement sur deux molécules très différentes : l'hypéricine et l'hyperforine.

Longtemps, on a cru que l'hypéricine était responsable de la majorité des effets de la plante. Ce n'est toutefois que dans les années 1970 que les chercheurs ont découvert l'hyperforine, aujourd'hui reconnue comme le principal composé impliqué dans son activité antidépressive.

L'hypéricine : le pigment rouge

L'hypéricine est le pigment qui colore l'huile de Millepertuis d'un magnifique rouge rubis après quelques semaines de macération.

Ses principales propriétés sont :

  • Antivirale
  • Antidépressive
  • Responsable de la photosensibilisation après ingestion : absorbée par l'intestin puis transportée par le sang jusqu'à la peau, l'hypéricine peut réagir aux rayons UV et augmenter la sensibilité au soleil

Contrairement à une croyance largement répandue, les cas de photosensibilisation documentés concernent essentiellement des animaux (principalement des ovins et des bovins) ayant consommé de grandes quantités de plante fraîche. À ce jour, les données disponibles ne démontrent pas clairement que l'huile de millepertuis appliquée sur la peau provoque une photosensibilisation chez l'humain.

L'hypéricine est relativement stable lorsqu'elle est protégée de la lumière et correctement séchée. Elle est peu soluble dans l'eau, ce qui explique que les tisanes en contiennent très peu, alors qu'elle est bien extraite dans l'huile et les préparations alcooliques.

L'hyperforine 

L'hyperforine est aujourd'hui considérée comme le principal composé antidépresseur du millepertuis.

Son mécanisme est particulièrement intéressant puisqu'elle inhibe simultanément la recapture de plusieurs neurotransmetteurs tel que la sérotonine, la dopamine; et la noradrénaline.

Ce mode d'action est relativement rare dans le monde végétal.

Contrairement à l'hypéricine, l'hyperforine est extrêmement instable. Elle s'oxyde rapidement au contact de l'air et se dégrade sous l'effet de la lumière. 

3. L'huile rouge : un véritable trésor thérapeutique

L'huile de millepertuis est probablement la préparation traditionnelle la plus remarquable de cette plante.

Ses principaux usages externes sont :

  • Anti-inflammatoire puissant : douleurs musculaires, tendinites, contusions, douleurs articulaires et brûlures
  • Réparateur nerveux : sciatique, névralgies, douleurs post zostériennes, traumatismes nerveux et inflammations le long du trajet d'un nerf
  • Apaisant cutané : coups de soleil, irritations et brûlures superficielles

En herboristerie traditionnelle, elle est appliquée directement sur le trajet des nerfs douloureux afin de favoriser leur récupération.

Contrairement à une idée largement répandue, son usage externe sur les coups de soleil fait partie de la tradition depuis très longtemps. Les mises en garde concernant la photosensibilisation proviennent essentiellement des observations réalisées après ingestion de la plante et ne semblent pas s'appliquer de la même façon à l'huile utilisée localement.

4. La tisane : une préparation douce

La tisane de Millepertuis n'est pas inefficace; elle extrait simplement une famille différente de constituants. Elle est riche en flavonoïdes, mais très pauvre en hyperforine (pratiquement absente) et ne contient que de très faibles quantités d'hypéricine. C'est pourquoi ses propriétés sont différentes de celles d'une teinture, d'une huile ou d'un extrait standardisé.

Les flavonoïdes sont de puissants antioxydants naturels. Ils possèdent également des propriétés anti-inflammatoires, neuroprotectrices et légèrement relaxantes. Ils contribuent à protéger les cellules du stress oxydatif et soutiennent la circulation.

Les études ayant démontré une efficacité dans la dépression légère à modérée ont été réalisées presque exclusivement avec des extraits standardisés riches en hyperforine et en hypéricine, et non avec des infusions.

5. Interactions médicamenteuses (usage interne)

Le Millepertuis est l'une des plantes médicinales présentant le plus grand nombre d'interactions médicamenteuses.

Le principal mécanisme est l'induction du cytochrome P450 (CYP3A4) ainsi que de certaines protéines de transport comme la glycoprotéine P.

En termes simples, le Millepertuis stimule certaines enzymes du foie responsables de la dégradation des médicaments. Ceux-ci sont alors éliminés beaucoup plus rapidement, ce qui peut diminuer fortement leur efficacité.

Les interactions les mieux documentées concernent notamment :

  • Contraceptifs oraux
  • Anticoagulants
  • Immunosuppresseurs (ex. cyclosporine)
  • Traitements contre le VIH
  • Plusieurs médicaments utilisés en oncologie
  • Certains antiépileptiques

Le cas des antidépresseurs est différent!

Le risque ne provient pas principalement du foie, mais de l'addition des effets sur la sérotonine, pouvant favoriser un syndrome * sérotoninergique.

Par mesure de prudence, le Millepertuis ne devrait jamais être pris en usage interne en même temps qu'un médicament sans l'avis d'un professionnel de la santé.

 

  • Syndrome sérotoninergique : excès de sérotonine dans le système nerveux pouvant survenir lors de l'association du millepertuis avec certains antidépresseurs. Cette interaction peut provoquer une réaction potentiellement grave nécessitant une évaluation médicale.
  • Hyperforine: Les données actuellement disponibles suggèrent que la macération hydroalcoolique contribue à protéger l'hyperforine de la dégradation, probablement en limitant son exposition à l'oxygène et en la maintenant au sein de la matrice végétale. Toutefois, peu d'études ont évalué quantitativement cette protection dans les préparations artisanales.
 © 2026 Mélanie Lavoie — La Prêle du Temps. Toute reproduction doit mentionner la source et obtenir l'autorisation de l'auteure.

 

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